Équerre d’Argent - 2007


Un projet « discret »
Nathalie Franck et Yves Ballot, groupe scolaire Nuyens à Bordeaux, Prix de l’Equerre d’Argent 2007

Il est pratiquement imprudent et théoriquement problématique de « remarquer » la discrétion. Ou bien ce qui est réellement discret ne mérite pas d’être « remarqué ». Ou bien ce qui est remarqué n’est pas vraiment « discret ». On ne se tire de ce mauvais pas théorique qu’en imaginant un objet « discret » à un certain égard, mais « remarquable » pour d’autres raisons.

En la circonstance, le Prix de l’Équerre d’Argent 2007 a opposé les partisans d’une architecture-moderne-de-qualité « discrète », qui a été effectivement remarquée par le jury, et les tenants d’une architecture-moderne-de-qualité « remarquable », qui aurait du l’être. Mais la discrétion apparente du groupe scolaire Nuyens tient moins à son architecture, assez bonne pour être distinguée, qu’à son statut urbain, qu’on dirait standard : un îlot entre quatre voies ; d’assez larges trottoirs ; quatre façades ; trois vis-à-vis ; un parc… Dans cette ville ordinaire, régulièrement épannelée et assez bien tracée, les architectes n’ont rien à combattre, rien à dénoncer, rien à proclamer à la face du monde.

C’est ailleurs que l’architecture-moderne-de-qualité est « remarquable » : elle est remarquable entre deux bretelles d’autoroute ; elle est remarquable à l’entrée d’une zone commerciale ; elle est remarquable sur les cimes ou dans les entrailles de la ville émergente ; elle est souvent remarquable en pure perte, mais en toute légitimité, partout où le projet architectural doit palier aux défaillances du projet urbain. Nathalie Franck et Yves Ballot n’ont pas eut cette chance. Ils n’ont pas eut à ferrailler contre une ville démembrée. Les seuls assauts qu’ils ont à subir sont ceux de leurs confrères.

Pascal Urbain, le 18 décembre 2007


un projet « remarquable »

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